La création a débuté en juillet 2024 lors d’une semaine de résidence à la table, au Château d’Arbouville en collaboration avec le centre d’art contemporain de Dreux et les Amis de l’ar(T)senal.
Celle-ci devrait continuer en 2026…
Ce texte, reprenant des thématiques majeures de la mythologie et de l’histoire des Atrides, nous parle de quête de pouvoir, de lutte familiale, de compétition fraternelle, de loyauté amoureuse, de pureté du sang, de conquête de territoire, de domination de l’homme sur la femme.
La langue brute d’Hakim Bah, qui réactualise ce mythe, nous percute à chaque ligne. On est sur le ring de bout en bout, essayant de pas être k.o à chaque scène. En plongeant dans son rythme et sa virtuosité, on se rapproche un maximum de la puissance dégagée par son texte. Si ce texte nous parle de vengeance et de conflit, c’est la violence qui est au cœur des situations.
Il y a de la violence physique et verbale au sein de la fratrie.
Entre Atrée et Thyeste, c’est un combat sans fin, rempli de haine, pour posséder Érope et dominer leur terrain. Dans cette compétition, il y a aussi les violences faites aux femmes. À Érope. Sujette à des coups, agressions physiques et psychologiques, elle est le sac de frappe des hommes qui l’entourent. Malgré son importance capitale dans cette fratrie, elle est constamment réduite au sang et à la honte. Le cadre spatio-temporel défini par l’auteur nous laisse une part d’interprétation majeure. Du fratricide à l’infanticide, il y a quelques références à la Guinée, pays d’origine d’Hakim Bah, un aéroport, ou encore un terrain de basket dans un milieu urbain. Mais rien qui ne soit profondément défini, laissant libre cours à notre imagination.
En travaillant autour du conflit, nous cherchons à rapprocher la violence de ce texte à quelque chose de brut et urbain. Travailler dans le bruit, dans la rue, ces aléas, ces rencontres et ces altercations. Cette pression de ces gens qui ne sont que de passage. Ce travail s’effectuera avec quatre interprètes au plateau, qui composeront avec la sensation d’être constamment sales et rempli·e·s de sang. Avec la peur d’être vu·e·s et écouté·e·s à chaque instant. Comme si surveillé·e·s. Comme si jamais seul·e·s. Comme si jamais tranquilles.
« …avant que l’un des frères ne verse le sang de l’autre. Et que la malédiction ne fasse encore trembler cette maison qu’a déjà trop tremblé… »
Être le plus fort. Marquer son territoire — posséder celles·eux qui nous entourent. Montrer que nous sommes là par peur de ne plus être vu·es — par amour. Cette dualité entre deux frères qui s’admirent autant qu’ils se détestent.
Et puis cette peur, celle d’être dépassé, oublié même, par celles·eux qu’on estime de plus grand·e·s, de plus beaux·belles, mais face à qui on n’accepterait jamais de s’avouer vaincu·es. Ici, on s’exprime avec le sang et on se défend avec nos larmes. Ici, il y a des coups de feu et des coups de poings. Ici, des mort·es. Un viol. Un besoin de reconnaissance, pour affirmer son existence.
Cette histoire est celle des gens qu’on voit mais qu’on ne regarde pas, qu’on entend mais qu’on n’écoute pas. Qui n’existent pas. Alors chez ces gens-là, on en arrive à la violence, pour exister, pour rappeler notre présence. Au coup brut. Au point de non retour. Au point de devenir un animal qui doit se battre pour vivre. Des animaux sauvages qui sont en perpétuelle chasse. Qui vivent dans la peur. Pour qui le calme est synonyme de crainte, et la sérénité, une utopie méconnue.
Texte de HAKIM BAH
Adaptation et mise en scène SIMON LANGIN
Assistante mise en scène et dramaturgie CARMEN DOREL
Atrée QUENTIN CORBÉ
Thyeste ANTOINE BIENFAIT
Érope JEANNE FUCHS
La voisine & Le frère batard SABINE ROYER
Scénographe HUGO CORBÉ
Créatrice lumière JOSÉPHINE NOGUE
Costumier THOMAS CHAULET
Créateur sonore ELOI PETILLON
Photographie MAËLLE LAURENT
Administration CÉLESTE MAIGNAN
Production SHIMOON